vendredi 20 octobre 2017

mercredi 4 octobre 2017

lundi 2 octobre 2017

Voix d'Amazonie, 

au cœur des luttes amérindiennes
Documentaire de Lucile Alemany, Lamia Chraibi et Margerie David

    Documentaire indépendant qui retrace les luttes menées depuis plus de 30 ans par les groupes amérindiens d'Équateur contre l'extraction pétrolière.

Le désastre de Chevron-Texaco :

   À partir de 1962, l'entreprise Texaco développe l'extraction pétrolière en Équateur. Elle décrète que le sol de l'Amazonie est argileux et donc imperméable. Les bassins de stockage ne disposent ainsi d'aucun isolant pour éviter l'infiltration des résidus pétroliers dans les nappes phréatiques et le tissus aquifère. Des millions de tonnes de déchets sont déversés sur des centaines de sites : jungle, fleuve, marais, estuaires, parc national Yasuni. L’entreprise prétend que l’eau est potable, mais peu à peu se forme une strate meuble, épaisse bouillie noire visible dans le documentaire. En 28 ans, huit cent vingt sites seront contaminés. Bien que 87,3 % des habitants de ces provinces vivent à moins de cinq cents mètres des puits d’extraction, bassins et autres installations pétrolières, que des logements ont été également construits sur d'anciens bassins, aucune information sur les dangers encourus par les personnes, les animaux et les plantes n'a jamais été diffusée par Texaco. Des missionnaires tentèrent même de convaincre les amérindiens récalcitrants des bienfaits de l'exploitation pétrolière et de la civilisation. Des employés de l'entreprise n'hésitèrent pas à dire que le cancer chez les amérindiens est dû à un manque d'hygiène et que des bains dans l'eau contaminée les rendraient plus fort. 
   En 1992, l'entreprise se retire sans dépolluer les sources d'eau potable utilisées par plus de 30 000 personnes. Les conséquences sont catastrophiques : augmentation des cancers, des leucémies, des problèmes digestifs et respiratoires. De nombreuses personnes abandonnent leurs terres. 


   Le 3 novembre 1993 une première plainte est déposée par des paysans et des Amérindiens d’Orellana et de Sucumbíos devant la Cour fédérale de New York. Six mois plus tard, une vingtaine d’organisations populaires et de communautés de la région s’unissent pour soutenir la plainte de l’Union des victimes des opérations de Texaco (Updat) donnant naissance au Front de défense de l’Amazonie.
   En octobre 2003, deux ans après le rachat de Texaco par Chevron, le procès débute en Équateur. Avec l’élection de M. Rafael Correa, en 2006, le système judiciaire change et le 14 février 2011 la compagnie pétrolière est reconnue coupable. Elle doit verser 9,5 milliards de dollars à l’Updat pour le nettoyage des sols, l’installation d’aqueducs et la mise en place de systèmes de santé et de développement dans la zone. Mais Chevron riposte et accuse l'Updat de racket devant la cour d'appel de New York qui entérine la décision. En juin 2017, la Cour suprême américaine refuse de se saisir du dossier confirmant ainsi le jugement de la cour d'appel de New York.

Les Droits de la nature :

   Texaco a déversé 108 000 tonnes de résidus de pétrole et de pétrole brut sur un territoire de 2 millions d’hectares. Ce désastre environnemental a provoqué l’extinction de peuples indigènes ancestraux. Le documentaire donne la parole aux peuples Cofanes qui ont dû fuir les territoires contaminés, et les communautés Kichwas de Sarayaku, premier peuple à avoir gagné un procès contre l'État et devenu emblème des résistances des peuples qui se battent pour la préservation des terres.
   Il témoigne également du rôle crucial des femmes dans la résistance contre l'extractivisme et le patriarcat. Au cours des marches elles apparaissent toujours aux premiers rangs. Les femmes kichwas ont fondé l’Association des femmes indigènes de Sarayaku (AMIS), une organisation pionnière dans la lutte contre le patriarcat. Ce sont elles qui ont convaincu les hommes de parcourir à pied les 250 kilomètres qui les séparent de Quito pour la marche de 1992. Date à laquelle plusieurs peuples amazoniens de l’Équateur ont réclamé la légalisation de leurs titres de propriété. Ils sont parve­nus à faire entendre leurs reven­di­ca­tions, ces dernières se retrouvent en partie dans la Cons­ti­tu­tion de 2008, première au monde à insti­tuer les Droits de la nature : 
   "Art. 71 : La nature ou Pacha Mama, où la vie se reproduit et se réalise a le droit que son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses fonctions et processus évolutifs, soient intégralement respectés. Toute personne, communauté, peuple ou nation pourra exiger auprès de l'autorité publique l'accomplissement des droits de la nature."
  Cependant, les titres fonciers obtenus en 1992 ont été inutiles lorsqu'une décennie plus tard, la société pétrolière argentine CGC est arrivée sur le territoire.  

  Si R. Correa a d'abord été d'accord avec le mouvement indigène et les organisations écologiques, il a vite reprit la tradition extractive de ses prédécesseurs et n'a pas hésité à déclarer les Kichwas "terroristes environnementaux opposés au développement de la nation". 
   Malgré ces accusations, les Kichwas remportent en 2012, devant la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CDIH), une première victoire contre l'État équatorien : les autorités ont été reconnues coupables d’avoir donné le feu vert à des missions privées d’exploration et d’exploitation pétrolière sur le territoire de Sarayaku sans demander l’avis des principaux intéressés. Mais la répression de l’opposition indigène s’accroit et l’Etat signe, en janvier 2016, un contrat avec les Chinois d’Andes Petroleum pour explorer la province de Pastaza.

Le Buen vivir :

   Ce que dénoncent les peuples amérindiens c'est l'étendue et l'intensité des activités extractives qui ne sont jamais dénuées de risques socio-environnementaux. Ils repensent également le concept de développement et de progrès, les arrachant aux strictes domaines de la croissance économique. Leur objectif est de rétablir une relation pérenne entre l'humain et la nature, conforme au concept du Buen vivir qui met en avant l'entraide et la lutte contre l'accumulation des richesses. Vivre bien, c'est "vivre en harmonie avec nos familles, avoir une bonne santé, une bonne éducation et prendre soin de notre Terre Mère". Le buen vivir s'attaque aux structures mêmes du système industriel qui nous condamne à la compétitivité, nous maintenant dans l'illusion d'une croissance indéfinie. Le concept même de croissance, avec son cortège de destructions environnementales, n'est plus acceptable. Pour les peuples amérindiens, la sauvegarde et le respect de la nature sont intrinsèquement liés à la vie et doivent trouver une réponse économique à travers des choix politiques.

 

   Si l'Amérique latine est la région la plus dangereuse  pour ceux qui veulent défendre leurs terres, leurs forêts ou leurs rivières, les défenseurs de l'environnement sont de plus en plus menacés dans le monde. En 2016, 200 d'entre eux ont été assassinés :

    "Les meurtriers sont des tueurs à gages, des agents des services de sécurité privée des entreprises, des groupes paramilitaires, des braconniers, mais aussi des membres de l’armée ou de la police elle-même. Dans la plupart des cas, l’impunité règne." 

   Voix d'Amazonie rend hommage au courage de ces peuples qui luttent contre la voracité des compagnies minières et pétrolières, forestières ou agro-industrielles. Leurs paroles permettent d'envisager d'autres modes de vie, un autre avenir.

samedi 29 juillet 2017


 Je reproduis ici le texte publié sur le blog Par-delà
             

    "Charles Duvelle est une des ombres tutélaires de mon livre à propos du « field recording ». Tous les enregistrements captés depuis les années 1950 par ce compositeur et musicologue à travers le monde soulignent l’importance du contexte de l’exécution musicale. L’idée d’une « musique » ou d’une création sonore qui serait dissociable du milieu et du paysage est bien occidentale et tout à fait récente. Il n’y a que sur les scènes ou dans les studios – qui sont aussi des paysages, avec leurs spécificités et leurs motifs d’échange et de circulation propres – que l’on pense s’émanciper d’un monde encombrant. Alors que c’est ce dernier qui confère à l’écoute son unicité, sa valeur et son sens profond, qui offre au jeu musical ses accidents et son goût du risque. Contre l’illusion occidentale de la séparation, les musiques d’ailleurs tracent des portées où les notes jouées par les humains ne constituent qu’une partie de la partition.
En explorant l’immense champ des musiques dites traditionnelles, on peut pour ces raisons être poussé à rejeter (ou du moins à différer) l’écoute des enregistrements de studio, qui peuvent avoir tendance à lisser, tronquer, diluer. La découverte des disques de Charles Duvelle, publiés d’abord par le mythique label Ocora, puis par son propre label Prophet, suscite quantité de moments d’épiphanie, de joie. Ceux-ci offrent un aperçu sur des formes de vie à la fois proches et radicalement autres, sur des mondes sonores où les corps humains ne sont pas des barrières, mais des ponts. La publication toute récente d’un merveilleux ouvrage vient nous le rappeler : The Photographs of Charles Duvelle. Disques Ocora and Collection Prophet (Sublime Frequencies, 2017). On y trouve notamment près de 200 photographies captées par Duvelle lors de ses missions d’enregistrement, une anthologie musicale en deux disques, une discographie extensive et un long entretien avec Hisham Mayet, animateur chez Sublime Frequencies et pratiquant lui-même du field recording. A titre d’échantillon, on livre un extrait de cette discussion, lié au sujet envisagé sommairement ci-dessous :

« Hisham Mayet : Dans tous vos voyages faites-vous une corrélation entre l’environnement naturel et les sonorités particulières ?

Charles Duvelle : Bien sûr ! Non seulement l’environnement sonore mais également le contexte social. Vous parlez de désert et de son influence sur la musique mauritanienne, mais je pourrais dire la même chose au sujet de la musique allemande du 19e siècle. Avec Beethoven, parfois vous écoutez une armée, voyez-vous.


HM : Ou bien Wagner.

CD : Wagner est encore plus qu’une armée…

HM : C’est un empire ! (rires)

CD : Donc, tout est comme ça. Voilà pourquoi ce genre de musique n’est pas facilement accepté en dehors du monde occidental. Bach est beaucoup mieux apprécié, peut-être à cause de cette pulsation rythmique qu’on retrouve dans le jazz. Mais avec Beethoven ou Strauss, par exemple, c’est plus l’orchestre, une construction très occidentale. Il existe toujours une relation entre la musique et son environnement.

HM : Ma question vise plus spécifiquement la relation entre musique et environnement naturel. Prenons par exemple deux situations contrastées : la musique maure et le désert d’une part et la musique pygmée et la forêt. A votre avis, y-a-t-il une relation entre chacune de ces musiques et leur environnement respectif ?

CD : Regardez la musique pygmée : dans une forêt vierge avec ce couvert forestier…

HM : Couvert forestier ?

CD : Oui, qui génère cette réverbération présente dans la musique pygmée. Si vous prenez les mêmes Pygmées et vous les mettez dans un désert, la musique sera entièrement différente. Elle sera fade. La même chose avec un orgue : si on joue d’un orgue en plein air au lieu de le laisser dans son église on aura un résultat très plat. Au contraire, avec la musique mauritanienne, si on ajoute de la réverbération, ce qui arrive lorsque on enregistre en studio, on obtient un résultat décevant. On perd le désert.

HM : Vous êtes bien connu pour avoir insisté sur l’importance d’enregistrer la musique dans son milieu naturel. Si le mot authenticité mérite d’être utilisé, c’est bien dans ce sens.
Je suis totalement d’accord avec vous à cent pour cent. A plusieurs reprises, on m’a proposé d’inviter des musiciens de plusieurs régions pour enregistrer, de l’Afrique de l’Ouest ou de l’Afrique du nord et les gens disent : « Amenons-les dans un studio en France » et je leur dis toujours : « Non, je ne veux pas faire cela ». A mon avis, les séparer de leur contexte neutralise leur pouvoir.

CD : (…) les gens qui vivent dans les montagnes, lorsqu’ils communiquent entre eux en Papouasie-Nouvelle-Guinée par exemple ou bien dans les Alpes, ils lancent ces longs appels, et ceci crée une longue réverbération et de plus un écho. Si vous perdez cela vous perdez une partie importante du son.

HM : Bien sûr, et c’est plutôt brillant la manière dont les êtres humains se sont toujours adaptés à leur milieu naturel. Ce que je veux dire, c’est que la topographie naturelle, l’humidité naturelle, le paysage naturel, font partie intégrante avec la communication. C’est comme si on ne pouvait pas séparer les êtres humains du paysage. C’est-à-dire que les êtres humains font partie de l’ordre naturel, et je crois bien que l’ordre naturel doit être pris en compte lorsqu’il s’agit de la structure de la création du son. »

vendredi 21 juillet 2017

Cinéma de Masseube

Jeudi 27 juillet

21h00 : Documentaire Food coop 

Repas annulé















A 21h, Projection du documentaire Food Coop
De Tom Broothe. EU, France/Documentaire/2016/1h37.

    À Park Slope, un quartier de Brooklyn, un supermarché coopératif propose de la bonne nourriture et des produits ménagers à bas prix. L'entreprise compte 16 000 membres de tous horizons qui donnent 3 heures par mois pour venir y travailler. Les personnes qui ne sont pas des adhérentes de la coopérative peuvent visiter le magasin, mais ne peuvent pas y faire d'achats...